Maladies infectieuses de l’oreille : étiologie, diagnostic et traitement
Afanasyeva D.Otorhinolaryngologiste, MD
13 minutes de lecture·avril 04, 2025
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Les maladies infectieuses de l’oreille se caractérisent par une inflammation locale de la peau et des tissus sous-jacents (follicules pileux, tissu adipeux sous-cutané, muscles, cartilage et périchondre).
Le facteur étiologique dans le développement des infections de l’oreille externe est une flore mixte (bactérienne, virale, fongique). Une condition obligatoire est également la présence des facteurs prédisposants suivants :
traumatisme et macération de la peau ;
diminution de l’acidité locale de la peau ;
diminution de la réactivité générale de l’organisme ;
présence d’une pathologie extraorganiques (troubles métaboliques), notamment les états d’immunodéficience
Les agents pathogènes bactériens les plus courants sont les suivants :
staphylocoques (St. aureus, St. epidermidis, St. saprophyticus) ;
les streptocoques (β-hémolytiques du groupe A) ;
Escherichia coli.
Les infections les plus graves sont causées par :
bacille pyocyanique (Pseudomonas aeruginosa) ;
Proteus (Proteus mirabilis) ;
klebsiella.
L’infection herpétique est causée par le virus herpès de type 1 (Herpes simplex) et de type 3 (Varicella zoster).
Anatomie
Érysipèle de l’auricule
L’érysipèle de l’auricule (erysipelas) est une maladie infectieuse aiguë de la peau et du tissu adipeux sous-cutané de l’auricule (y compris le lobule de l’oreille).
La zone touchée s’étend le plus souvent au-delà de l’auricule, puis se propage vers la région du cou, les zones temporale et buccale. On peut l’identifier grâce à une ligne de démarcation nette. La peau est hyperémique, infiltrée et luisante. L’auricule est fortement enflé. Les nœuds lymphatiques voisins sont également impliqués, favorisant une lymphadénite régionale.
Parfois, des vésicules contenant du liquide séreux ou séro-hémorragique apparaissent sur la peau, puis se rompent en formant des croûtes.
Animation 3D – érysipèle de l’auricule
Périchondrite de l’auricule
La périchondrite de l’auricule est une inflammation diffuse du périchondre auriculaire. Elle touche la peau, tandis que le lobule de l’oreille reste intact.
En règle générale, cette pathologie se développe lorsque l’infection pénètre à travers une peau endommagée. Elle peut également être provoquée par la suppuration d’un hématome non drainé ou d’un sérome post-traumatique de l’auricule. Dans certains cas, l’inflammation peut se développer en tant que complication d’une otite externe.
Une hyperémie et une infiltration hétérogène de l’auricule sont détectées localement. L’inflammation reste toutefois localisée à l’auricule sans toucher le lobule de l’oreille.
Animation 3D – périchondrite de l’auricule
Abcès de l’auricule
L’abcès de l’auricule est caractérisé par une accumulation de pus localisée entre le périchondre et le cartilage de l’auricule. Il se développe en l’absence de traitement ou lors d’une prise en charge inadéquate de la périchondrite, en cas d’infection d’un hématome auriculaire, ainsi qu’en présence d’états d’immunodéficience.
Une auricule hyperémique et enflée présente une formation cavitaire volumineuse localisée, remplie de contenu purulent. La peau est tendue et une fluctuation peut être détectée.
Animation 3D – abcès de l’auricule
Infection herpétique de l’auricule
L’infection herpétique de l’auricule est une lésion cutanée récurrente provoquée par les virus herpès de type 1 ou de type 3.
Une fois qu’une personne est infectée, le virus de l’herpès reste dans les ganglions nerveux en phase latente (période de rémission). Toutefois, lorsqu’il est exposé à un certain nombre de facteurs externes (immunité affaiblie, stress, rayons UV, progression des maladies chroniques, etc.), le virus se réactive et se propage le long des fibres nerveuses, provoquant des manifestations cutanées typiques (phase d’exacerbation).
On observe une peau érythémateuse et œdémateuse recouverte de nombreuses vésicules qui se rompent au bout de 2 à 3 jours et se recouvrent de croûtes. Les croûtes tombent ensuite, marquant ainsi une cicatrisation complète. Lors du grattage des vésicules ou des croûtes, une infection bactérienne peut survenir, compliquant et prolongeant l’évolution de la maladie.
L’infection par le HSV de type 1 (Herpes simplex) se caractérise par des éruptions qui se propagent de manière chaotique et sans localisation précise. Dans le cas du virus herpès de type 3 (Varicella zoster), la maladie évolue initialement comme une varicelle, le plus souvent dans l’enfance, puis, après une longue phase de rémission et une réactivation du virus, se présente sous forme de zona (Herpes zoster oticus). Le dermatome, une vaste zone cutanée située dans la projection d’un nerf spécifique (le plus souvent le nerf facial), est alors touché, ce qui provoque la parésie ou la paralysie de ce nerf. En cas d’atteinte du ganglion géniculé, le syndrome de Ramsay Hunt se manifeste. Dans de rares cas, la maladie peut également se propager au nerf trijumeau ou au nerf vestibulo-cochléaire.
Outre la peau de l’auricule et du conduit auditif externe, l’infection peut se propager le long du nerf facial jusqu’au tympan. Dans des cas graves, le système nerveux central est également touché, ce qui peut entraîner le développement de la méningite ou de l’encéphalite. En présence d’états d’immunodéficience, le virus de l’herpès se propage dans l’ensemble de l’organisme et provoque une infection généralisée. Il s’avère difficile à traiter et des récidives sont fréquentes.
Animation 3D – infection herpétique de l’auricule
Manifestations cliniques des infections de l’auricule
Évolution et symptômes de l’érysipèle de l’auricule
L’érysipèle de l’auricule se caractérise par des changements locaux ainsi que par une intoxication générale prononcée. Une augmentation de la température corporelle à des valeurs fébriles provoque une asthénie, des maux de tête et des vomissements.
Une hyperhémie sévère et un œdème de l’auricule, y compris le lobule, sont détectés localement. Dans certains cas, cette inflammation s’étend aux zones environnantes (le cou, les régions rétro-auriculaire et jugale). La zone touchée est clairement délimitée des tissus sains. À la palpation, une douleur soudaine est observée, la peau est chaude au toucher et luisante. Les nœuds lymphatiques régionaux sont hypertrophiés. Ils sont douloureux, durs et non adhérents aux tissus environnants.
Particularités cliniques de la périchondrite
La périchondrite de l’auricule s’accompagne de changements généraux caractéristiques. La peau est hyperhémique et présente des zones d’œdème irrégulièrement réparties en regard du cartilage auriculaire. L’inflammation ne s’étend jamais au lobule de l’oreille ni aux zones adjacentes. L’auricule est très douloureuse, la douleur est sourde et paroxystique, et le contour de l’oreille n’est pas altéré. L’intoxication générale n’est pas caractéristique. Une sous-fébrilité peut être observée dans de rares cas. En l’absence de traitement adéquat, la maladie peut se propager en profondeur dans l’auricule, conduisant à la formation d’un abcès. Même en cas de traitement adéquat, il est possible d’observer une déformation cicatricielle en « chou-fleur ».
Tableau clinique d’un abcès de l’auricule
Comme indiqué ci-dessus, l’abcès de l’auricule est secondaire à un traumatisme précédemment survenu à l’oreille. L’affection se caractérise par une tension, une douleur et une modification de la forme de l’auricule, le plus souvent au niveau des fosses triangulaire et naviculaire. Des symptômes d’intoxication générale, tels qu’une asthénie, une hausse de la température corporelle et des frissons, sont observés. La cavité remplie de contenu purulent est enveloppée par une capsule, fait saillie, fluctue à la palpation et peut atteindre une taille telle que la lumière du conduit auditif externe devient invisible. En l’absence de traitement, l’abcès peut se rompre au bout de 3 à 4 jours, entraînant l’évacuation d’un écoulement purulent abondant.
Manifestations de l’infection herpétique de l’auricule
L’infection herpétique causée par le HSV de type 1 se manifeste par des changements locaux de la zone touchée. En cas de crise, on observe une peau hyperhémique recouverte de nombreuses vésicules accompagnées d’un prurit intense ; les manifestations douloureuses ne sont pas caractéristiques. Au bout de 2 à 3 jours, les vésicules se rompent en formant des érosions, qui sont ensuite recouvertes de croûtes. Au bout de 5 à 7 jours, ces croûtes se détachent et la peau se cicatrise. Les manifestations générales ne sont pas caractéristiques. Une sous-fébrilité peut rarement être observée quelques jours avant l’apparition des éruptions cutanées, tout comme un mal de tête. Cette forme d’infection herpétique est souvent récurrente.
Le zona causé par le Varicella zoster présente certaines différences dans sa présentation clinique. Comme évoqué précédemment, il s’agit de la deuxième phase de la maladie, qui survient généralement comme séquelle de la varicelle. Elle est plus fréquente chez les personnes âgées et les patients immunodéprimés.
Au début de la maladie, la crise se manifeste par un prurit intense, des sensations de brûlure et une douleur aiguë pulsatile au niveau des futures éruptions. D’autres symptômes comprennent la fièvre, les frissons et les maux de tête. Au bout de 2 à 3 jours, des changements locaux sont observés. La peau hyperémique présente des vésicules qui se propagent le long du nerf touché correspondant au dermatome spécifique. Les éruptions peuvent fusionner. Ce processus reste toujours unilatéral et peut, dans certains cas, affecter plusieurs dermatomes adjacents. Un prurit intense et une douleur vive sont généralement constants, et l’anxiété et l’insomnie surviennent parfois. Il arrive que les patients se grattent les zones de l’éruption, ce qui provoque l’apparition de croûtes hémorragiques. Ce processus s’accompagne souvent d’une infection bactérienne.
Au bout de 5 à 7 jours, les vésicules se rompent, en laissant place à des érosions, qui se couvrent ensuite de croûtes avant de tomber quelques jours plus tard. Des zones de dépigmentation peuvent y rester. Le zona se caractérise par une névralgie post-herpétique, qui se manifeste par des sensations douloureuses persistantes le long du nerf affecté. Ces sensations peuvent durer jusqu’à plusieurs mois, voire plusieurs années dans de rares cas.
Diagnostic
Pour poser le diagnostic, il est nécessaire de recueillir l’anamnèse, d’examiner la zone atteinte et d’effectuer une otoscopie.
Des examens biologiques tels que l’hémogramme et le bilan biochimique sont pratiqués afin d’évaluer le niveau d’inflammation et la glycémie. En cas d’écoulement, une culture bactériologique est effectuée pour identifier l’agent causal et évaluer sa sensibilité aux médicaments.
Pour identifier une infection virale, on utilise la PCR, la méthode ELISA ou une analyse sérologique. En cas de complications, un CT et un IRM sont réalisés. Un hémoculture sur stérilité et une ponction lombaire peuvent être demandées en supplément.
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Traitement des maladies infectieuses de l’oreille
Dans le traitement des infections de l’oreille (à l’exception de l’infection herpétique), une antibiothérapie systémique prédomine, par voie orale ou parentérale, à la discrétion du praticien.
Les antibiotiques à base de pénicilline sont les médicaments de choix. Ils peuvent être prescrits en association avec des fluoroquinolones. Le traitement est adapté en fonction des résultats de l’examen microbiologique.
Les zones touchées sont traitées avec des antiseptiques asséchants.
L’abcès de l’auricule doit être ouvert, vidé de son contenu purulent, puis drainé. Un pansement aseptique est ensuite appliqué. Des pansements quotidiens sont effectués jusqu’à l’arrêt de l’écoulement pathologique. Des médicaments régénérants et cicatrisants sont utilisés pendant la période de récupération.
Pour le traitement de l’infection herpétique, des antiviraux tels que l’aciclovir, le valaciclovir et le famciclovir (médicament de choix) sont utilisés. En présence de symptômes, des antihistaminiques, des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), une thérapie par perfusion et, dans des cas graves, des glucocorticostéroïdes sont prescrits. Des solutions asséchantes antiseptiques sont utilisées pour traiter la zone touchée.
Pour soulager la douleur, y compris la névralgie post-herpétique, des médicaments comme le métamizole, la gabapentine, la prégabaline ou les antidépresseurs tricycliques sont administrés. Dans les cas graves, des analgésiques opioïdes tels que le tramadol ou la morphine sont prescrits.
FAQ
1. Quels sont les symptômes d’une infection de l’oreille ?
Les symptômes dépendent du type d’infection. Dans le cas de l’érysipèle, on observe une rougeur importante, un gonflement, des douleurs et de la fièvre. La périchondrite se manifeste par une rougeur, un gonflement (exception faite du lobule de l’oreille), une douleur et une éventuelle déformation de l’auricule. L’abcès se caractérise par un gonflement douloureux avec un contenu purulent, des fluctuations et de la fièvre. L’infection herpétique provoque l’apparition de vésicules prurigineuses qui s’ouvrent pour former des croûtes. Dans le cas du zona, de fortes douleurs le long du trajet nerveux peuvent être observées.
2. Quels sont les agents pathogènes responsables des infections de l’oreille ?
Les principaux agents causaux sont les bactéries (staphylocoques, streptocoques, bacille pyocyanique, protées, klebsielles), les virus (Herpes simplex de type 1 et Varicella zoster) et les champignons (moins fréquemment, généralement dans un contexte d’immunodéficience).
3. Quels sont les facteurs favorisant une infection ?
Les facteurs de risque comprennent les traumatismes de l’oreille (écorchures, piqûres, brûlures), une baisse de l’immunité (due au VIH, au diabète ou à des maladies chroniques), une altération de la barrière cutanée (macération, eczéma) et une mauvaise hygiène de l’oreille (utilisation fréquente d’écouteurs ou de cotons-tiges).
4. Comment les infections de l’oreille sont-elles diagnostiquées ?
Le diagnostic repose sur un examen ORL, une otoscopie, ainsi que sur des analyses de sang (hémogramme, bilan biochimique), une culture bactériologique, un test PCR ou ELISA (en cas d’infection herpétique). Dans les cas compliqués, une TDM ou une IRM peut être réalisée (si des complications sont suspectées).
5. Y a-t-il des complications ?
Oui. Oui, une déformation de l’oreille (suite à une périchondrite), une propagation de l’infection au cartilage, à l’oreille moyenne ou aux méninges, ainsi qu’une névralgie post-zostérienne (douleur durable suite à un zona) sont possibles.
6. Quelles sont les mesures de prévention des infections de l’oreille ?
La prévention consiste à éviter les traumatismes de l’oreille, à ne pas nettoyer les oreilles avec des cotons-tiges, à traiter à temps les maladies de la peau (eczéma, dermatite), à renforcer le système immunitaire et à contrôler les maladies chroniques (par exemple, le diabète).
Références
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